La place royalle ou L'amoureux extravagant
Description
Angelique. Ton frere, je l'avoue, a beaucoup de meriteĀ ; mais souffre qu'envers lui cet eloge m'acquitte, et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi. Phylis. C'est me vouloir prescrire une trop dure loi. Puis-je, sans etouffer la voix de la nature, denier mon secours aux tourments qu'il endureĀ ? QuoiĀ ! Tu m'aimes, il meurt, et tu peux le guerir, et sans t'importuner je le verrois perirĀ ! Ne me diras-tu point que j'ai tort de le plaindreĀ ? Angelique. C'est un mal bien leger qu'un feu qu'on peut eteindre. Phylis. Je sais qu'il le devroit, mais avec tant d'appas, le moyen qu'il te voie et ne t'adore pasĀ ? Ses yeux ne souffrent point que son coeur soit de glaceĀ ; on ne pourroit aussi m'y resoudre en sa placeĀ ; et tes regards, sur moi plus forts que tes mepris, te sauroient conserver ce que tu m'aurois pris. Angelique. S'il veut garder encor cette humeur obstinee, je puis bien m'empecher d'en etre importunee, feindre un peu de migraine, ou me faire celerĀ : c'est un moyen bien court de ne lui plus parlerĀ ; mais ce qui m'en deplait et qui me desespere, c'est de perdre la soeur pour eviter le frere, et me violenter a fuir ton entretien, puisque te voir encor c'est m'exposer au sien.