Tite et Berenice
Description
Domitie. Laisse-moi mon chagrin, tout injuste qu'il estĀ : je le chasse, il revientĀ ; je l'etouffe, il renaitĀ ; et plus nous approchons de ce grand hymenee, plus en depit de moi je m'en trouve genee. Il fait toute ma gloire, il fait tous mes desirsĀ : ne devroit-il pas faire aussi tous mes plaisirsĀ ? Depuis plus de six mois la pompe s'en apprete, Rome s'en fait d'avance en l'esprit une fete, et tandis qu'a l'envi tout l'empire l'attend, mon coeur dans tout l'empire est le seul mecontent. Plautine. Que trouvez-vous, madame, ou d'amer ou de rude a voir qu'un tel bonheur n'ait plus d'incertitudeĀ ? Et quand dans quatre jours vous devez y monter, quel importun chagrin pouvez-vous ecouterĀ ? Si vous n'en etes pas tout a fait la maitresse, du moins a l'empereur cachez cette tristesseĀ : le dangereux soupcon de n'etre pas aime peut le rendre a l'objet dont il fut trop charme. Avant qu'il vous aimat, il aimoit BereniceĀ ; et s'il n'en put alors faire une imperatrice, a present il est maitre, et son pere au tombeau ne peut plus le forcer d'eteindre un feu si beau.